Il y a quelque chose de pourri au royaume du football, à la veille de la demi-finale opposant la France et la Belgique en coupe du monde. Alors que la planète footix découvre que Thierry Henry, meilleur buteur de l’équipe de France et quatre coupes du monde au compteur, officie au sein du staff technique belge au poste d’entraîneur adjoint, une campagne nauséabonde est menée contre notre Titi national. Henry serait désormais un traitre à la nation en mettant à la disposition de l’équipe belge ses compétences techniques et stratégiques. On incite les joueurs de l’Equipe de France à réagir (notamment Olivier Giroud) et les spécialistes du bashing du journal L’équipe indiquent que Thierry Henry joue « contre son camp ». Au passage nous découvrons que la présence de Thierry Henry dans le staff belge ne dérangeait personne quand les diables rouges étaient regardés avec condescendance (on parle de Belges tout de même).

 La lointaine fabrique du traitre

Nul ne peut croire que Thierry Henry, compétiteur hors pair,  dont l’amour du maillot est incontestable, vive la situation de la manière la plus sereine. En revanche, chacun peut se poser lucidement un certain nombre de questions : pourquoi ne parvient-on pas à attirer une telle figure de la sélection nationale dans le giron de la fédération nationale? Thierry Henry a-t-il été payé en retour pour les nombreux services rendus? Il est en effet passé de joueur adulé et titré à footballeur lynché et peu soutenu médiatiquement à la suite des éliminatoires pour la coupe du monde 2010 : le fameux contrôle de la main ayant entraîné le but de la qualification contre l’Irlande fit de Thierry Henry un mal aimé qui plus est peu souriant (oui, oui, on lui reprocha cela aussi) La relation de Titi au football français est pour le moins bancale. Alors Noël le Graet peut bien faire des déclarations de ravi de la crèche, la vérité c’est qu’il est normal que Thierry Henry se soit éloigné. Je vous invite d’ailleurs à visionner le documentaire d’Olivier Dacourt, « Ma part d’ombre » qui interroge Thierry Henry et ces footballeurs que l’on adore détester.

Quid de Alain, Henri, Roger, Paul et les autres?

Thierry Henry le méchant, Thierry Henry qui est parti fâché, Thierry Henry qui a quitté les bleus après le désastre de Knysna en 2010. Mais Thierry Henry qui n’oublie rien et qui trace sa route, en toute liberté. On ne peut décemment pas lui reprocher d’aller officier là où personne ne lui cherchera des poux dans la tête. C’est un bosseur, un professionnel, un compétiteur. J’aime Thierry Henry pour cela, à jamais. Il est donc tout à fait logique que la carrière sportive de Thierry Henry continue, toujours dans l’excellence. D’ailleurs, il existe bien, depuis plusieurs décennies une filière française pour le coaching des sélections étrangères : les fameux « sorciers blancs » (vous voyez déjà le problème de cette terminologie éculée ?). Mais le problème c’est Thierry Henry. Le journaliste Gilles Verdez va-t-il demander la déchéance de nationalité et même des titres pour Thierry Henry ? Dans ce cas là, un bus ne sera pas de trop pour bouter tous les déchus potentiels hors de France : Alain Giresse, Henri Michel, Roger Lemerre, Paul Le Guen et les autres sont-ils des traîtres à la Nation?

Une polémique qui s’inscrit dans le cadre de discours extra sportifs grossiers

Décidément le niveau de cette coupe du monde est bien bas. Tant sur le plan sportif que sur le plan extra sportif. Nous sommes hélàs habitués à la récupération politique du sport, qui bat son plein actuellement avec Kylian Mbappé, transformé en symbole de la République, de la Seine-Saint-Denis à l’Elysée. Qu’on laisse ce gamin tranquille, et que l’on prononce déjà correctement son nom. Le fait est qu’aujourd’hui nous connaissons la grosse ficelle et sommes nombreux à ne plus goûter ce breuvage frelaté déjà servi en 1998. C’est ainsi pitié que d’agiter les analyses identitaires avec ces procédés qui consistent à rejeter Thierry Henry dans le camp de l’anti-France. Malheureusement, c’est le lot du patriotisme balourd accompagnant une telle compétition. C’est l’air du temps aussi. Il est par exemple de bon ton de parler d’équipe africaine en évoquant les Bleus sur les réseaux sociaux, tel Le Pen jadis. Ce sont juste des joueurs issus de milieux populaires assumant leur double culture, mais ayant choisi la France. Mais puisque cela permet de faire des « bons mots » sur les réseaux sociaux… Cela ne me fait pas rire car cela brouille un certain nombre de combats, il faut savoir ce que l’on veut. Il n’y a qu’une équipe de France. De la même manière il n’y a qu’une équipe marocaine et non pas une équipe de France bis parce que ses joueurs sont pour beaucoup nés en France et entraînés par Hervé Renard, compatriote de Thierry Henry. Quand je suis la coupe du monde, évènement que j’attends depuis quatre ans, ce n’est certainement pas non plus pour que l’on vienne me parler de « revanche sur Zemmour ou Finkilekrault ». Les analyses de ces gens là n’existent pas pour les vrais amateurs de football et les Bleus ne sont pas là pour entamer un dialogue avec ces tenants de la réaction par ballon interposé, là où les militants et leaders politiques ont échoué. Mettons de côté ces postures moisies et saluons la flamboyante de cette nouvelle génération.

J’ai l’impression que tout est mis en oeuvre pour que l’équipe de France ne soit plus soutenue que par des beaufs. Qu’on nous laisse tranquilles. Qu’on préserve cette génération des débats nauséabonds. Dans le respect et la gratitude à l’égard de Thierry Henry, l’un des plus grands joueurs français, l’idole de ma génération. Si La France perd sa demie-finale mardi, ce ne sera pas de la faute de Thierry Henry. Si la France gagne, Thierry Henry sera sans doute le premier supporter des bleus. Jouez seulement.